Dix médias français que l'IA de Google ne cite jamais
Radio France, franceinfo, Télérama, Vogue : dix médias classés 2 625 fois dans le top 10 de pages à réponse IA de Google et jamais cités en sept jours.
Par Gilles Helleu

L'essentiel en 4 lignes : du 19 au 25 août 2026, nous avons comparé, sur 2 998 requêtes françaises distinctes sur des sujets d'actualité, les dix premiers résultats classiques de Google et les sources citées par sa réponse IA. Dix médias français, dont Radio France, franceinfo, France 24, Télérama et Vanity Fair, apparaissent 2 625 fois dans le top 10 de pages où une réponse IA s'affiche (relevés page par jour, 527 requêtes distinctes en additionnant les dix), 1 024 fois dans le top 3, et ne sont jamais cités. Au Royaume-Uni, aucun média ne présente ce profil. L'explication la plus probable est une option de retrait proposée par Google aux éditeurs français, mais seuls les éditeurs peuvent le confirmer.
D'où vient ce chiffre
Ce résultat est tiré de notre Baromètre des citations IA : France et Royaume-Uni : deux panels de 2 998 requêtes distinctes sur des sujets d'actualité, un panel par pays, figés puis soumis chaque jour vers 15h00 UTC, du 19 au 25 août 2026, à Google France et à Google Royaume-Uni, au niveau du pays, sur ordinateur, via l'API SERP de DataForSEO. Les panels sont tirés de la demande, pas des médias : les sujets sont les pages Wikipédia les plus consultées dans chaque pays du 5 au 18 août 2026, rapportées à leur audience de juillet, puis associées aux requêtes réellement tapées dans Google via DataForSEO Labs, avec un tirage stratifié par thème et par volume. Ce sont donc des requêtes sur des sujets qui ont fait l'actualité, pas des requêtes d'actualité chaude au sens strict (86 requêtes françaises contiennent un marqueur d'actualité explicite). Le panel étant dérivé d'entités Wikipédia, la place de Wikipédia parmi les sources citées est en partie un effet de construction. À chaque relevé, nous notons si une réponse IA s'affiche, les sources qu'elle cite et les dix premiers résultats classiques. 2 998 requêtes distinctes par pays (le tirage de 3 000 contient deux doublons), 41 971 relevés en sept jours. Sur la semaine, Google affiche une réponse IA sur 50,9 % des requêtes françaises et 57,9 % des britanniques ; le détail et les sept autres enseignements sont dans l'article principal de l'étude.
Classés, jamais cités
Pour chaque page où une réponse IA s'affiche, nous avons croisé les dix premiers résultats classiques avec les sources citées. Un média bien classé a, en principe, toutes ses chances d'être cité : sept URL citées sur dix en France viennent du top 10 de la même page.
Dix médias français échappent à cette logique. Ils apparaissent dans le top 10 d'au moins 50 pages à réponse IA sur la semaine, et ne sont cités dans aucune. Les relevés sont comptés page par jour : une requête classée sept jours compte sept fois.
| Domaine | Relevés dans le top 10 (pages à réponse IA) | dont top 3 | Requêtes distinctes | Citations |
|---|---|---|---|---|
| radiofrance.fr | 871 | 299 | 166 | 0 |
| franceinfo.fr | 615 | 272 | 134 | 0 |
| vanityfair.fr | 321 | 175 | 60 | 0 |
| france3-regions.franceinfo.fr | 208 | 67 | 45 | 0 |
| telerama.fr | 180 | 50 | 38 | 0 |
| challenges.fr | 119 | 17 | 22 | 0 |
| vogue.fr | 91 | 45 | 21 | 0 |
| admagazine.fr | 87 | 57 | 16 | 0 |
| courrierinternational.com | 78 | 21 | 13 | 0 |
| france24.com | 55 | 21 | 12 | 0 |

2 625 relevés dans le top 10 (une requête classée sept jours compte sept fois), 1 024 dans le top 3, soit 527 requêtes distinctes en additionnant les dix médias, zéro citation. Ce n'est pas une question de pertinence : Google classe ces pages, parfois en première position, et ne les cite pas. Le cas le plus lourd n'est pas à zéro : lemonde.fr, 1 407 positions dans le top 10 (671 dans le top 3) et 11 citations en sept jours, 0,8 citation pour 100 positions.
Les dix se répartissent en quatre groupes : Radio France, France Télévisions (franceinfo et France 3 Régions) et France Médias Monde (France 24), soit trois groupes de l'audiovisuel public, arte.tv et publicsenat.fr étant, eux, cités ; les trois titres de Condé Nast en France (Vanity Fair, Vogue, AD) ; le groupe Le Monde, sur trois titres (Le Monde quasi absent, Télérama et Courrier international à zéro) ; et Challenges.
Au Royaume-Uni, avec le même protocole et le même seuil, aucun média ne présente ce profil. Tous ceux classés au moins 50 fois sont cités, ne serait-ce qu'un peu.
Ce que nous avons vérifié, et ce que nous n'avons pas trouvé
Rien de visible sur les pages d'accueil n'explique l'écart : aucune page d'accueil de ces dix sites ne porte de directive nosnippet. Les pages d'articles et les en-têtes HTTP n'ont pas été vérifiés systématiquement. La plupart bloquent Google-Extended dans leur robots.txt, mais Google indique que cette directive concerne l'entraînement de ses modèles, pas les AI Overviews. Challenges autorise même les robots de recherche d'OpenAI, d'Anthropic et de Perplexity : ce n'est pas le profil d'un éditeur qui refuse les moteurs de réponse.
L'explication la plus probable est ailleurs, et elle n'est pas dans nos données. Selon le Journal du Net du 22 juillet 2026, Google a proposé aux éditeurs de presse français, avant le lancement des AI Overviews en France le 22 juillet, une option de retrait de ses réponses IA et d'AI Mode, présentée comme sans effet sur l'indexation ni sur le classement. Un éditeur cité anonymement par le JDN résumait le dilemme : « si on s'exclut, on perd sur tous les fronts ».
Le profil « classé mais jamais cité » est exactement ce que produirait cette option. Elle n'a pas d'équivalent connu au Royaume-Uni, ce qui est cohérent avec l'absence de cas britannique. Son mécanisme exact n'est décrit dans aucune source publique que nous ayons consultée.
Nous ne pouvons pas l'affirmer pour chacun des dix : un média peut avoir activé le retrait, un autre porter un réglage technique qu'il ignore. Seuls les éditeurs concernés, ou Google, peuvent le dire, et nous leur avons posé la question. Ce que la mesure établit, c'est le fait et son ordre de grandeur.
Des positions publiques qui vont dans le même sens
Condé Nast bloque par défaut les robots d'IA via Cloudflare depuis juillet 2025 et n'a signé aucun accord avec Google, selon le Financial Times du 27 février 2026. Le groupe Le Monde a signé avec OpenAI en 2024, avec Perplexity en mai 2025 et avec Meta en décembre 2025 (Télérama inclus), et a demandé publiquement à Google le même type d'accord le 22 juillet 2026 ; Courrier international n'apparaît dans aucun de ces accords. Côté syndicats d'éditeurs, le SEPM parlait le 23 juillet 2026 de « violation manifeste des engagements de Google », et l'APIG a saisi l'Autorité de la concurrence le 11 août 2026. Pour l'audiovisuel public et pour Challenges, nous n'avons trouvé ni accord de licence ni position publique sur ce point précis.
Ce que cela signifie
Pour un lecteur. Sur une requête d'actualité française sur deux, la première chose affichée est une réponse IA qui cite en moyenne 4,4 domaines distincts. Aucun ne sera Radio France, franceinfo, France 3 Régions ou France 24, même quand leur article est en première position juste en dessous. Le service public d'information est absent de l'espace que Google met le plus en avant, et le lecteur ne sait pas si c'est un choix.
Pour un annonceur. La visibilité d'un média se mesure de plus en plus dans les réponses IA, pas seulement dans les classements. Un titre qui s'en retire fait peut-être un choix cohérent, mais ce choix mérite d'être connu de ceux qui achètent son audience.
Pour l'éditeur. Une citation n'est pas un clic, et notre étude ne mesure pas le trafic. Elle mesure la présence. Sur 46 700 citations relevées en France, la presse certifiée en reçoit 16,0 %, contre 5,9 % au Royaume-Uni (7,8 % avec les titres régionaux et magazines), comparaison indicative puisque les deux listes ne sont pas construites de la même façon. Ouest-France, Le Parisien, Le Figaro, BFM TV ou 20 Minutes y figurent chaque jour. Il y a une place pour les médias français dans ces réponses, et dix d'entre eux ne l'occupent pas.

L'audiovisuel d'information pèse 2,4 % des citations en France, contre 5,1 % au Royaume-Uni, où la BBC est de loin le média le plus cité. La différence tient à l'absence du service public français sur ce terrain, pour une raison que l'audience n'explique pas et que cette étude ne mesure pas.
Ce que nous recommandons à un éditeur dans ce cas
Comprendre pourquoi d'abord, décider ensuite.
- Vérifier ce que disent vos pages. Cherchez
nosnippetetmax-snippetdans les balises meta robots et dans les en-têtes HTTPX-Robots-Tag, sur les pages d'articles et pas seulement sur l'accueil. Google documente ces directives comme s'appliquant aussi aux AI Overviews : unmax-snippet:0posé pour une autre raison a le même effet qu'un retrait volontaire. - Vérifier l'option de retrait. Si votre groupe a répondu à la proposition de Google avant le 22 juillet, retrouvez qui a répondu, et quoi.
- Distinguer Google-Extended des AI Overviews. Bloquer Google-Extended dans robots.txt n'a, selon Google, aucun effet sur les réponses IA. Si c'est votre seule mesure, elle ne fait pas ce que vous croyez.
- Mesurer avant de décider. Sur vos cent requêtes les plus importantes, relevez pendant une semaine votre position classique et votre présence dans la réponse IA, jour par jour. Un quart des requêtes change de statut dans la semaine ; une mesure à un seul jour ne suffit pas. Nous détaillons les indicateurs à suivre dans un article dédié.
- Décider en connaissance de cause. Rester absent peut être un choix légitime, lié au droit voisin ou à une négociation en cours. Mais il doit être un choix, connu de la rédaction, des lecteurs et des annonceurs. Une absence subie est un problème technique à corriger.
Limites
Sept jours, desktop, une localisation par pays, en août : ce sont des chiffres datés. Le seuil de 50 positions dans le top 10 est un choix de lecture ; d'autres médias moins présents dans le panel pourraient avoir le même profil sans le franchir. Et l'hypothèse du retrait reste une hypothèse : elle explique bien la forme du résultat, elle n'est confirmée pour aucun des dix.
Étude ForgR, réalisée par Gilles Helleu et Paméla Michel, cofondateurs.